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Québec

Lors de la campagne électorale de 2022, la Coalition Avenir Québec (CAQ) a inscrit la transition énergétique comme l’une de ses priorités. Sur les 150 promesses de sa plateforme, 28 portaient sur l’environnement et l’énergie, un nombre équivalent à celui des engagements sur l’économie et le travail. Le premier ministre François Legault affichait alors une vision claire alliant économie et environnement, dans la continuité de son premier mandat.

Toutefois, au fil du deuxième mandat, cette priorité a progressivement perdu du terrain au profit d’autres enjeux, comme l’efficacité de l’État, la sécurité et l’identité. Ce glissement marque un recul par rapport à l’approche du premier mandat et au Plan pour une économie verte (PEV 2030), dans le cadre duquel la tension classique entre économie et environnement semblait avoir été dépassée (Gajevic et al., 2022). La littérature scientifique montre pourtant que les retards dans l’action climatique alourdissent les coûts de la transition et de l’adaptation. Le présent article1 dresse le bilan des engagements environnementaux de la CAQ durant son deuxième mandat, en s’appuyant sur les données du Polimètre Legault 2.0 du Centre d’analyse des politiques publiques (CAPP) de l’Université Laval (voir l’encadré). Il s’organise en deux volets : le mandat explicite, soit les promesses électorales et leur degré de réalisation, et le mandat implicite, soit les événements imprévus et le contexte géopolitique qui ont influencé la trajectoire du gouvernement.

Chaque promesse reçoit un verdict, qui est appuyé par des sources officielles (communiqués gouvernementaux, lois, sources journalistiques) : « réalisée », « partiellement réalisée », « en voie de réalisation », « en suspens » ou « rompue ». La méthodologie s’inscrit dans le cadre du Comparative Party Pledge Group (CPPG), un consortium international de recherche. Chaque promesse a un poids égal; un verdict « rompue » indique que le gouvernement a explicitement renoncé à réaliser l’engagement durant le mandat. Chaque promesse est désignée par un identifiant numérique (ex. : 2.06.004).

Le Polimètre : un outil de suivi des promesses électorales

Le Polimètre est un outil développé par le CAPP de l’Université Laval. Il recense de manière exhaustive les promesses contenues dans les plateformes électorales des partis politiques et en suit la réalisation en temps réel.

Le mandat explicite : des promesses structurantes en environnement

Les 28 promesses environnementales de la CAQ couvrent l’électrification des transports, l’énergie, la protection des milieux naturels et la gestion durable des ressources. Cela témoigne d’une attention particulièrement marquée à l’endroit de la transition énergétique. Deux promesses viennent structurer les engagements du gouvernement en la matière : la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 37,5 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990 ; et l’atteinte de la carboneutralité avant 2050, le Québec aspirant à devenir le premier État carboneutre en Amérique du Nord.

Or, en janvier 2026, le ministre Drainville a reporté la cible de réduction des GES 2030 à 2035. Le Québec ayant réduit ses émissions d’environ 20 % depuis 1990, il restait 17,5 points de pourcentage à accomplir en quatre ans. Le gouvernement a invoqué les risques économiques pour justifier ce report (promesse 2.06.020 : rompue), ce qui éloigne le Québec des recommandations du Comité consultatif sur les changements climatiques (2025), lequel préconisait une cible de 45 % pour s’aligner sur l’Accord de Paris. Ce recul illustre déjà la tension qui a traversé l’ensemble du mandat, soit la priorité accordée à la prudence économique au détriment des engagements climatiques.

Tableau 1. Promesses électorales du deuxième mandat du gouvernement Legault portant sur l’environnement et l’énergie – version simplifiée. Source : Polimètre Legault 2.0 (CAPP)

Électrification des transports

En 2022, dans le but d’atteindre sa cible de réduction des GES, la CAQ misait sur l’électrification des transports, soit un secteur responsable de 44,8 % des GES du Québec (IQEA, 2025). Ce faisant, il en vient à formuler sept promesses électorales sur ce thème. La CAQ s’engageait notamment à interdire la vente de véhicules à essence pour 2035 (2.06.004). En septembre 2025, Québec abandonne cette cible, invoquant la nécessité de s’adapter « au nouveau contexte nord-américain et de ne pas nuire à l’économie québécoise » (Gouvernement du Québec, 2025). Le gouvernement vise désormais un parc automobile composé à 90 % de véhicules « électriques », une cible affaiblie par l’inclusion des véhicules hybrides rechargeables, qui continuent pourtant d’émettre des GES, et par la diminution progressive du rabais à l’achat des véhicules électriques. Un tel revirement envoie un signal ambigu au marché : en retirant un objectif clair et contraignant, le gouvernement prive les constructeurs et les investisseurs de la prévisibilité nécessaire pour planifier leur transition vers l’électrification des transports.

En transport collectif, les projets de la ligne bleue et du tramway de Québec (promesse 2.06.006) avancent avec des retards significatifs, et les cibles d’électrification du parc d’autobus ont été revues à la baisse, les sociétés de transport ayant invoqué la hausse des coûts d’infrastructure et les contraintes propres au marché nord-américain (Lemieux, 2026). La filière batterie (promesse 2.06.021) a subi un revers majeur avec l’abandon du financement de l’usine Northvolt, consécutif à la faillite de l’entreprise suédoise. L’échec de Lion Électrique, fabricant québécois d’autobus électriques placé sous la protection de ses créanciers en 2024 après un investissement public réalisé l’année précédente, s’est ajouté à ce tableau. Tous ces reculs sont d’autant plus préoccupants que l’électrification des transports représente le principal levier d’action du gouvernement pour réduire les GES, compromettant directement l’atteinte des cibles climatiques québécoises.

Énergie

Le secteur de l’énergie présente le volet le plus favorable du bilan, offrant un contraste net avec les transports. Les cinq promesses portant sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ont généralement été honorées. Dès 2023, Hydro-Québec a lancé des appels d’offres menant à l’annonce de plusieurs projets éoliens, dont ceux de Madawaska, de Pohénégamook–Picard–Saint-Antonin, de Manicouagan, et de quelques autres projets cumulant 1 500 MW d’énergie potentielle (promesse 2.06.007 : réalisée). De plus, un mégaparc éolien dans Chamouchouane à l’ouest du Lac-Saint-Jean, pouvant atteindre 3 000 MW en partenariat avec les Premières Nations et la MRC, pourrait figurer parmi les plus grands projets éoliens au monde.

Le Québec a également adopté la Loi sur la performance environnementale des bâtiments et vise à « éliminer l’utilisation des combustibles fossiles pour le chauffage des bâtiments des secteurs résidentiel, commercial et institutionnel d’ici 2040 ». Un autre legs potentiel du deuxième mandat caquiste est l’entente en cours de négociation avec Terre-Neuve-et-Labrador sur l’avenir de Churchill Falls et la conclusion de celle-ci de sorte qu’elle soit avantageuse pour les deux provinces. Si le Québec parvient à sécuriser un accès privilégié à cette énergie abondante et bon marché, il disposerait d’un atout majeur pour alimenter sa croissance industrielle, son électrification des transports et ses exportations vers les États-Unis pour les décennies à venir.

Protection des milieux naturels et gestion des ressources

La CAQ a formulé sept engagements en matière de milieux naturels et dix en gestion des ressources. Le bilan est contrasté. Du côté des réalisations : création ou amorce de création des parcs nationaux annoncés, mobilisation de 460 des 538 millions promis pour l’accès à la nature, création du Fonds bleu (500 M$ sur les 650 M$ promis), investissements de plus de 100 millions pour lutter contre l’érosion côtière, progrès dans la collecte des matières organiques et subventions pour réduire le gaspillage alimentaire. Toutefois, le territoire protégé stagne autour de 17 %, loin de la cible de 30 % pour 2030, et les processus en cours (concertations régionales, nouveaux appels à projets) débordent de l’horizon du mandat. La consigne élargie n’atteint que 65 % de son potentiel, et aucune mesure structurante n’a été adoptée contre les déchets plastiques, dont le volume a crû (Québec circulaire, 2025). Le retrait du projet de loi 97 sur le régime forestier, face aux contestations des Premières Nations et d’acteurs du milieu forestier (Radio-Canada, 2025), illustre les tensions persistantes autour de l’aménagement du territoire.

Le mandat implicite : Trump, Northvolt et le retour de la vieille dichotomie

À la suite de sa deuxième victoire électorale, le premier ministre Legault livrait un discours laissant présager une alliance durable entre prospérité économique et ambition climatique : « Et on a une opportunité exceptionnelle de transformer notre économie pour faire du Québec un leader mondial de l’économie verte. On a une opportunité exceptionnelle de s’enrichir, tout en réduisant nos GES. Parce qu’on a le devoir de réduire nos GES » (CAQ, 2022). En l’espace de quatre ans, cette alliance semble toutefois s’être effritée et l’action climatique a été reléguée au deuxième rang, non sans susciter des controverses.

À cet effet, le cas de Northvolt est révélateur. Le projet d’usine de batteries, qui devait constituer une pièce centrale du plan de transition énergétique et de développement de la filière batterie, aura plutôt représenté l’un des échecs les plus marquants du deuxième mandat de Legault. Si la faillite de l’entreprise suédoise a porté le coup de grâce au projet, la gestion gouvernementale dans les mois précédents avait déjà fait l’objet de vives critiques. Entre autres, ces critiques s’en prenaient à l’exemption accordée au projet de le soumettre à une évaluation environnementale et à la menace que représentait sa construction pour un milieu humide riche en biodiversité. À cet échec s’ajoute celui de Lion Électrique, entreprise québécoise de fabrication d’autobus électriques dans laquelle le gouvernement avait investi en 2023 et qui s’est placée sous la protection de ses créanciers l’année suivante.

Au-delà de ces échecs économiques, cette tentative d’accélérer la transition énergétique s’est parfois faite au détriment d’autres dimensions de la protection de l’environnement : protection insuffisante du caribou forestier, sacrifice de milieux humides, contournement du BAPE pour des projets prioritaires, autorisation de l’enfouissement des déchets de Stablex. La relégation de ces dimensions environnementales à l’arrière-plan allait ainsi à l’encontre des objectifs que le gouvernement caquiste s’était fixés dans le cadre de son Plan nature 2030. Ces décisions illustrent une hiérarchisation implicite au sein même de l’agenda environnemental caquiste, où la transition énergétique, couplée au développement économique, a parfois primé sur la protection des écosystèmes.

Le contexte continental a renforcé cette tendance. Le retour de Donald Trump à Washington et l’arrivée de Mark Carney à Ottawa ont fourni au gouvernement Legault un argument supplémentaire pour légiférer en faveur de la déréglementation. Suivant les pas du nouveau premier ministre du Canada, le gouvernement Legault dépose à l’automne 2025 le projet de loi 5, Loi visant à accélérer l’octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d’envergure nationale. Cette nouvelle mesure législative permettrait à certains projets d’envergure d’être exempts de l’application d’une trentaine de lois, dont des lois environnementales (Laplante, 2025). Pour défendre ce projet, très critiqué par les organismes environnementaux, le gouvernement invoque le « contexte d’incertitude économique créé par le président américain, Donald Trump » (Laplante, 2025). Par ailleurs, le projet de loi 7, Loi visant à réduire la bureaucratie, à accroître l’efficacité de l’État et à renforcer l’imputabilité des hauts fonctionnaires, ouvrirait la voie au transfert des surplus du Fonds d’électrification et de changements climatiques (FECC) — anciennement Fonds vert — vers d’autres fonds, dont l’un pourrait servir à réduire la taxe sur l’essence, une décision hautement critiquée par les organismes environnementaux, la communauté scientifique et même le milieu des affaires.

Bref, le deuxième mandat de Legault, qui semblait destiné à une alliance prometteuse entre croissance économique et transition énergétique en raison de ses engagements électoraux, s’est finalement soldé par une rupture de cette ambition et par des tentatives de déréglementation environnementale sous prétexte de la résilience économique.

Conclusion : à quand un véritable leadership en environnement ?

Le deuxième mandat de la CAQ en matière d’environnement et d’énergie laisse une impression mitigée. Le gouvernement a enregistré des résultats concrets en énergie renouvelable, mais a reculé sur les engagements les plus déterminants pour la trajectoire climatique et environnementale du Québec : report de la cible de réduction des GES, abandon de l’interdiction de vente des véhicules à essence, tentatives de déréglementation. La nomination tardive d’un ministre de l’Environnement dont la mission première était de « faire du ménage » réglementaire illustre le glissement des priorités gouvernementales.
Il convient de souligner que cette nouvelle trajectoire n’est pas propre au gouvernement Legault. Du côté du gouvernement fédéral, Mark Carney a abandonné plusieurs legs climatiques, tels que la taxe carbone et les quotas sur les véhicules à essence pour prioriser l’économie. Christine Fréchette, successeure de François Legault, se dit ouverte à rouvrir le débat sur le gaz de schiste, car « le contexte a évolué aussi de manière considérable » (Bergeron, 2026). Ainsi, les reculs observés sous le gouvernement Legault s’inscrivent dans une tendance plus large de révision des ambitions climatiques, portée par des impératifs économiques ainsi que par un recalibrage des priorités politiques.

Pour être à la hauteur des défis climatiques, le prochain gouvernement devra faire preuve d’un véritable leadership : s’appuyer sur les recommandations du Comité consultatif sur les changements climatiques, respecter les engagements environnementaux pris envers la population québécoise et la communauté internationale, et mettre en œuvre des mesures réellement structurantes — et non seulement les plus faciles politiquement. L’inaction a un coût : plus on tarde, plus la facture environnementale s’alourdit.

  1. ↩︎

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